FNC: Qui gagne quoi? + The Red Race

Claudia Hébert -

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C'est samedi soir dernier que les gagnants du 38e Festival du nouveau Cinéma furent dévoilés. La convoitée Louve d'or fut alors remise au Grec Yorgos Lanthimos pour son long-métrage Canine qui avait aussi remporté le prix «Un certain regard» à Cannes plus tôt cette année. Le prix de l'innovation fut remporté par Should I really do it? de Ismail Necmi, de Turquie et le grand prix Focus, pour un film de chez nous, par Nuages sur la ville de Simon Galiero. Du coté de la sélection internationale, le prix de l'AQCC fut remis à Fausta: La teta Asustada, un film péruvien de Claudia Llosa.

Mais moi j'ai envie de vous parler du film qui repart avec une mention spéciale du jury pour la Louve d'or, j'ai nommé le documentaire The Red Race, par le chinois Chao Gan.

On le sait, les Chinois sont des adversaires olympiques redoutables. Chao Gan nous permet une brève incursion dans l'usine à champions olympiques chinoise, s'attardant tout particulièrement sur les jeunes gymnastes.  Recrutés à 4 ou 5 ans à leur sortie du jardin d'enfant, ces futurs champions ont maintenant à peine 6 ou 7 ans et ils s'entrainent tout les jours sous la gouverne d'entraineurs impitoyables. Ceux-ci ont beaucoup de pression: leur emploi dépend de leur capacité à former adéquatement des grands gagnants!

Beaucoup de larmes dans ce films: pleurs d'enfants épuisés d'avoir exécuté le même mouvement des milliers de fois; pleurs d'un garçonnet qui se fait crier dessus et traiter de moins que rien; pleurs d'une fillette qui se fait menacer d'expulsion si elle ne performe pas à la prochaine compétition... Ces enfants en ont lourd sur les épaules: non seulement ils doivent gagner pour la gloire de leur mère patrie, la Chine, mais ils sont aussi le seul espoir de leur famille qui compte sur eux pour attirer gloire et argent et ainsi se sortir de la misère... Une mère à l'hopital sert son enfant sur son coeur et lui fait promettre de s'entraîner fort et de gagner. Le sort familial est entre ses mains car ses deux bons à rien de frères n'était pas assez bon et furent expulsé de l'équipe de gymnastiques avant d'êtres pubères...Qui alors achètera une nouvelle maison si ce n'est le benjamin?

Certains parents s'opposent à la dureté de l'entrainement. On les rassurent en leur disant que «c'était bien pire autrefois». Les résultats scolaires sont mis de côté: de toute façon, si l'enfant tient ses promesse et se rend aux Olympique, a-t-il vraiment besoin de ses diplomes d'école primaire?  En classe, l'enseignante demande à ses petits élèves gymnastes de lui dessiner une belle médaille d'or, celle qu'il gagneront dans quelques années, puis elles distribuent de petites médailles aux meilleurs dessins: le médaille d'argent s'accompagne de ce commentaire «Tu sais ce que ca veut dire? Que la prochaine fois tu dois travailler plus fort!».

Ces enfants se font imposer une rigueur qui n'est pas de leur âge et on leur demande de se comporter en adulte alors qu'ils s'entrainent en petits caleçon de Winnie l'ourson! Humiliations publiques, violence parfois physique (jambette quand le mouvement est mal effectué), exercices qui relèvent de la torture... Voilà comment on forme des champions!

Le tout forme un parallèle intéressant avec le film de propagande chinois sur les jeux de Beijing The Everlasting Flame, présenté en clôture du Festival des films du monde. La séquence la plus troublante de ce film représentait le combat entre l'équipe de gymnastes américaines et celle des Chinoises. Les jeunes américaines, d'environ 15 ans, en étaient toutes à leurs 2e jeux et les petites chinoise avaient moins de 13 ans,  à leur premier: c'est David contre Goliath. Le tout est assez mélodramatique, avec des flashback des Chinoises à l'entrainement, assez semblables à The Red Race, avec les fillettes qui pleurent en se faisant rabrouer par leurs entraineurs. Le tout ce conclut sur le triomphe des Chinoise qui montent finalement sur la plus haute marche du podium, véritable triomphe de la volonté.

Là où The Everlasting Flame met l'emphase sur la récompense, sur le résultat, The Red Race préfère souligner le caractère inhumain du processus.

Nous avons deux grands festivals de cinéma internationaux à Montréal. Un qui, cette année, à glorifié un film sur  le totalitarisme chinois, l'autre qui a recompenséun film qui le dénonce... Cela ne vous laisse-t-il pas perplexe?

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