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Jean-Luc Della Montagna: Producteur de Vidéoclip

33: Nùfilms= New Films?

JL: Ça vient du livre The Art of War. Quand Nùfilms a démarré les producteurs étaient tous inspirés par ce livre.

33: Ton parcours pour te rendre à Nùfilms? Jean Luc: Je suis arrivé indirectement. J'ai passé à travers une période difficile. Je voulais un nouveau défi. Et j'ai eu une opportunité comme assistant directeur de production chez NùFilms. J’étais payé vraiment pas cher, mais j'apprenais. J'avais pas à me plaindre ils m'apprenaient tous ce qu'ils connaissaient. La première année j'ai vraiment pas fait beaucoup d'argent et j'ai travaillé plus fort que j'avais jamais travaillé de toute ma vie. En même temps j'ai vraiment développé une passion pour le vidéo.

33: Avec la nouvelle ère Youtube, Myspace. Est-ce qu'il y aurait un combat Télé vs. Web? JL: Je crois que c'est un plus. Par exemple, on a fait un clip (Zaho – C'est chelou) qui a été vu plus de 14 millions de fois sur Youtube. 14 MILLIONS! Je veux bien croire qu'un dude a écouté la chanson huit fois mais ça peut donner une visibilité incroyable à l'artiste.

JL: Le seul problème est l'ÉNORME écart de qualité entre l'écran d'une télé et celle de Youtube. On cherche toujours à donner la plus belle image possible mais maintenant on doit agrandir les petits détails d'une scène juste pour s'assurer que ça va être visible sur Youtube. Bref j'ai hâte à Youtube HD parce que malheureusement, on met tellement d'argent à tourner en film 35 millimètres et à avoir une image exceptionnelle pour finalement perdre tellement de qualité sur Youtube.

33: Alors pour les futurs producteurs, directeurs de vidéoclips, à quoi s'attendre pour le futur?

JL: Les productions seront beaucoup plus indépendantes. Il y a quelques années nous étions 3 boîtes de vidéoclip au Québec... maintenant nous sommes 15.

33: Que penses-tu de la musique au Québec?

JL: Je penses qu'artistiquement c'est excitant. Mais je crois que le problème vient des maisons de disque. Il y en a des bonnes mais pas beaucoup. Des gérants, il y en a des bons mais très peu. Il y a tellement de monde qui s'improvise parce qu'il y a pas beaucoup d'argent. Moi même je l'ai fait. J'me suis parti ma petite maison de disque. J'avais pas vraiment les connaissances.... mais j'avais pas le choix parce qu'il y en avait pas de toute façon. Tu deviens «gérant»... mais pas vraiment dans le fond. Je deal parfois avec des gérants qui ont aucune idée de ce qu'ils font, AUCUNE. On dirait que les groupes veulent trop s'associer avec un gérant qui leur ressemblent, qui partage leur culture, mais l'affaire est que ça veut pas dire que c'est lui qui va mieux marketer ton band. Un bon gérant gère bien. Un bon réalisateur, Maxime Géroux par exemple, peut faire un bon clip RnB, un bon clip rock, trash...ou pop. C'est ça l'affaire.

33: Qualité #1 du producteur?

JL: Avoir du flair! Et à TOUS les niveaux. Le flair de choisir le bon réalisateur, le bon concept, pis surtout le flair de voir les problèmes venir à l'avance. Si tu vois les problèmes venir deux semaines avant le tournage du clip et tu les règles, ben là tu vas avoir l'air de rien faire sur le plateau de tournage assis bien tranquille, mais c'est parce que t'auras bien fait ta job! Si tu cours partout, c'est que t'as pas fait ta job.

33: Le réalisateur avec qui tu voudrais le plus travailler ?

JL: Woody Allen. Je suis un grand fan... inspirant comme gars.

33: On connait bien le combat éternel Producteur vs. Réalisateur... ton réalisateur le plus redoutable?

JL: Maxime Giroux haha. (clips de Corneille, Dumas, Vulgaire Machins)

33: Comment fait-on un bon vidéoclip?

JL: Premièrement, je pense qu'on peut pas faire un bon vidéoclip sans une bonne musique. On va faire un travail génial, bien filmé, une histoire intéressante et bien racontée... après je le montre à un ami et je vais l'entendre dire «Astie de toune qui me tape sur les nerfs!!!». Deuxièmement, un bon clip montre bien le band. C'est certain qu'un band peut faire de la bonne musique, mais je pense que le public veut aussi savoir ce qu'il y a DERRIÈRE le band. Le clip doit permettre de montrer en image leur univers, savoir si c'est intéressant et si ça donne envie d'aller acheter l'album. Aussi très important est l'énergie de l'artiste dans le clip. Dernièrement, on a fait le clip d'un artiste français et on l'a rencontré la veille du clip. Avant de le rencontrer on avais écouté sa musique, parlé au téléphone, regardé des photos et naturellement on s'est créé un petit scénario de sa personnalité. Dans le cas du clip, on lui avait donné le style nonchalant de Dumas. Mais il l'avait pas du tout! Dumas tu peux le filmer et ça marche trop, l'énergie est là, mais lui pas du tout!

33: Et qu'est ce que vous avez fait?

JL: Ben... le clip était moins bon.

33: ahhhhh

JL: Il n'était pas content. La maison de disque non plus. Ils s'en rendaient compte que c'était bien filmé, ce qu'on a dit qu'on ferait on l'a fait MAIS.... ça lève pas.

33: Quelle est la qualité essentielle de l'aspirant producteur?

JL: C'est juste d'être motivé, de foncer et de toujours regarder en avant. Pour vrai, les gens nous appellent, viennent pour un stage, viennent nous rencontrer. Moi j'ai rarement dit :«Non j'veux pas te rencontrer». On en veut du monde motivé, qui ont le goût pis qui sont prêts à foncer. En fait, on en recherche et on en trouve pas assez... Si tu sais ce que tu veux, et que tu vas chercher quelque chose de bien, GO!... Je sais pas si c'est une histoire de générations mais le monde se posent TELLEMENT de questions, comme s'ils étaient pris dans «leur anxiété personnelle de leur univers» ; oui tu vas faire des erreurs, tu vas te faire chier mais regarde tout le temps en avant pis tu vas atteindre des buts.