Napolitaineries #89

Napolitaine -

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Est-ce que je te dérange ?

    Si tu me déranges ? En vérité, j'étais en train de me convaincre qu'avec mon nouveau plan de mise en forme, la platitude régionale et le goût du cunnilingus, l'on pourrait facilement se marier au mois de novembre, sans trop de problèmes. Je sais que c'est pas vraiment courant de s'unir pour la vie en plein mois des morts, mais je me disais que ça nous ressemble et que comme ça, on aurait certainement moins de problèmes à réserver une salle, convier le tout le monde, sans compter les aubaines de bouffe et de faire-parts. Paraîtrait-il qu'ils en font des totalement recyclés. Fucked up ! Des noces dans le vieux bonheur initial des autres. Je trouve ça encore moins pire que les toilettes bleues.

    Je sais que l'on risque fort de ne jamais se comprendre plus que maintenant. Que le chemin de bouette que l'on trouvait tellement pénible a séché, mais qu'il est maintenant plein d'herbes longues, bien pires que celles des bouts perdants des meilleurs clubs de golfs. Les pieds pleins de terre, les mains de poule ou coqs, assis sur une souche pourrie d'avenir. Les vidanges mardi et jeudi. Le recyclage lundi. Si on a le temps on ira faire la commande le mercredi ; la livraison est gratuite. Non, j'ai pas encore de bonne raison d'avoir de voiture. Toi non plus d'ailleurs, à part celle de fuir. C'est vrai que ça va plus vite, mais moi je trouve que t'as pris du vieux. Je dis ça de même. Ou peut-être le contraire.

    Tu me penses vraiment ? Inapte et Mésadapte vous souhaitent la bienvenue dans le château de la débauche éternelle ! Le fou ? Bah, il doit encore être en train de vomir dans sa douche, tout le monde le sait ! Pas tenable ! Rancunier en plus d'être drôle que des fois... J'en ai des productives pour toi ; elles viennent en paires et savent trop bien se reproduire. Je veux du jeu propre, en plus de l'hymne nationale.

    Bien sûr que je fabule encore ! Pas une seconde d'hésitation avant de me chier dans la salopette au volant d'un tracteur de ferme en plastique, d'avaler en nombre suffisant des clous de vitamines pour les plantes ou de croquer dans un bâton de colle, juste pour passer le reste de la soirée sur la galerie. Je ne demande pas mieux. Juste le droit de penser et de me dire que c'est possible, même si tout le monde dit que c'est n'importe quoi. J'avais quatorze ans quand Éric Lapointe a sortit son premier album. Je m'en rappelle parce que j'étais dans un chalet avec un lac dont on voyait le fond parce qu'il n'était pas assez creux. Le chest à l'air pis toute. Le genre d'été qui sent la crème solaire au coconut pis les cheveux blonds de filles qui font du bike autour d'un char sale. Même pas. Tu pensais que j'allais te conter ma première baise, mais c'était même pas là. T'en serais sûrement jalouse de toute façon.

    J'ai une tourtière au feu en plein été et d'excellentes histoires de peurs pour les enfants. Des bleuets passés date, du savon pour tout le monde et des manuels d'instructions d'objets prêtés sur gage depuis longtemps. Un poisson rouge qui survit, un échangeur en ruine et une profonde intolérance au lactose devant des Dairy Queens à louer. Une main pleine devant une table de rien, une place de choix dans une salle vide, quatre dollars de crédit dans un photomaton. J'ai pensé à te faire un double, fermer les fenêtres et avertir le proprio de notre décison. Je mange au New System à chaque paye, crache du texte quand j'en suis capable et suis follement amoureux de toi. Mais non, tu me déranges pas.

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